Situé à proximité immédiate de la Gare de Lyon, le projet prend place sur un site enclavé, à la fois tournant le dos à la Seine et cerné par un tissu urbain dominé par des programmes tertiaires. Cet isolement, renforcé par l’opacité de la tour existante, en fait un objet à part dans la ville, à la fois massif et indifférent à son environnement. Prisonnière d’un cycle temporel absurde, cette tour de bureaux est, tous les dix ans, dépouillée de sa façade pour être réhabilitée à l’identique. Elle se voit condamnée à une boucle sans fin, répétant inlassablement son histoire sans jamais évoluer.
Le projet s’inscrit en rupture avec cette spirale et propose d’extraire le bâtiment de son état figé à travers trois interventions décisives. Le premier geste consiste à figer l’existant dans son état actuel, en profitant de la phase de réhabilitation pour arrêter le temps. La structure en béton, laissée nue et brute, devient alors le témoin de son passé, un socle mémoriel qui échappe enfin à la logique de la disparition et du recommencement.
Le second geste vise à transformer en profondeur le rôle de la tour. Plutôt que de rester un monolithe uniquement tertiaire, elle est scindée en deux volumes complémentaires. L’un devient un espace public vertical, un lieu d’ouverture, de culture et d’échanges, véritable contrepoint à l’enfermement initial. L’autre accueille des logements variés, allant des typologies familiales aux formes de vie communautaires, pour introduire de la diversité et une nouvelle vitalité dans un quartier marqué par la monotonie des bureaux.
Enfin, le troisième geste consiste à redonner une porosité et une extension à cet ensemble en l’entourant d’une structure légère en acier. Celle-ci enveloppe, relie et prolonge les deux tours, étirant leur silhouette vers la Seine et libérant le rez-de-chaussée. Ce dernier devient un vaste espace ouvert et disponible, un sol public qui invite à l’appropriation. Le sommet se transforme, quant à lui, en un toit accessible à tous, où une passerelle relie les deux volumes et se mue en observatoire. Cet espace suspendu offre une nouvelle manière d’habiter la ville, en embrassant d’un seul regard le paysage urbain alentour.
Ainsi, loin de chercher à effacer les ruptures, le projet les revendique et les célèbre. La faille, au lieu d’être perçue comme un défaut, devient un moteur, un espace de tension fertile qui nourrit les usages, crée du lien et génère des situations partagées. Cette architecture cherche moins à combler le vide qu’à en faire un catalyseur, transformant une tour isolée en un organisme vivant, ouvert et multiple.
Plutôt que de me présenter de façon formelle, je préfère parler de ce qui m’anime dans l’architecture et guide mon apprentissage. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le temps : ses traces, ses ruptures, ses cycles. L’architecture, pour moi, n’est jamais figée ; elle se transforme, s’use, se suspend, et renaît autrement. Les failles, loin d’être des manques, deviennent des points d’appui, des lieux fertiles où naissent de nouveaux récits.
Je suis fasciné par les mégastructures, les tours, les masses de béton ancrées dans la ville. Leur inertie apparente m’inspire : derrière leur silence, je cherche à déceler une possibilité de mouvement, une ouverture, un prolongement. Mon travail s’attache à révéler cette tension entre le poids de l’existant et la légèreté d’une intervention nouvelle.
J’aime travailler par l’expérimentation : dessiner, esquisser, maquetter, laisser surgir des formes incomplètes, fragiles, parfois accidentelles. Dans ces tentatives, il y a toujours une vérité qui se dégage, une manière de dialoguer avec la matière et le temps. C’est dans cette exploration sensible que je construis mon langage architectural.
Ce qui me guide enfin, c’est la conviction que l’architecture doit rester poreuse, ouverte aux usages, aux passages, aux événements. Plutôt que de chercher à figer les choses, je cherche à concevoir des espaces capables d’accueillir l’imprévu, d’embrasser le mouvement et de s’inscrire dans la durée vivante de la ville.